Un peu de sciences-humaines

Plus lectrice de romans que d’essais, j’ai toutefois été extrêmement séduite par trois ouvrages de sciences-humaines lors de cette rentrée. Deux traitent de féminisme et sont d’une incroyable pertinence, le troisième est une adaptation en bande-dessinée d’un texte oscillant entre Histoire et Anthropologie. Les trois sont très accessibles et tout à fait passionnants.

Présentes, de Lauren Bastide. Editions Allary.

Le nom de Lauren Bastide ne vous est probablement pas inconnu, surtout si vous fréquentez les réseaux sociaux traitant de féminisme. Créatrice du podcast La Poudre, l’autrice travaille depuis de nombreuses années à donner de la visibilité à la parole des femmes, tous domaines confondus, et essaye d’apporter un bienvenu vent de révolution sur le milieu du journalisme. Dans Présentes, Lauren Bastide poursuit ce travail en questionnant la place des femmes dans l’espace médiatique, l’espace public et les luttes. Elle y convoque des femmes aux connaissances précises sur ces sujets, nous abreuve de chiffres, statistiques et arguments afin de s’affirmer dans les débats stériles ou face à des personnes qui au fond, n’ont pas envie d’entendre. C’est un livre qui fait un bien fou tout en mettant dans une colère puissante. Un bien fou de trouver des paroles de femmes relayées, amplifiées, de découvrir des femmes et leur travail. Une colère puissante de voir tous les aspects problématiques du sexisme aujourd’hui. Présentes, c’est un livre à prêter autour de soi, à souligner, annoter, et le ton mi-sérieux mi-ironique de l’autrice est une petite cerise sur le déjà très satisfaisant gâteau.

Moi, les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange, éditions Monstrograph puis Seuil.

Voilà un petit texte qui n’a pas manqué de défrayer la chronique, et à raison je crois. Enfin, en vrai, il n’y avait pas besoin de s’affoler à ce point, mais je suis ravie que les errements de certains lui aient donné une reconnaissance et une notoriété dont il aurait pu éventuellement manquer. Manifeste à ranger aux côtés de King King Théorie, « Moi, les hommes, je les déteste », interroge la misandrie. Non, ce n’est pas l’inverse de la misogynie, non les femmes misandres ne représentent pas une menace physique pour les hommes (alors que l’inverse… Bref). C’est un texte très bien fait, facile d’accès, qui parle du ressentiment que l’on peut éprouver à l’égard de l’oppresseur, de la colère, des privilèges, du droit à la médiocrité. Oui oui, parfois, les femmes pourraient clairement se foutre la paix et plutôt que de chercher en permanence à faire leurs preuves, avancer dans la vie comme tant d’hommes médiocres qui ne se posent même pas la question. (On en connaît, dans tous les domaines, ne mentez pas.) Texte critiqué par de nombreuses personnes n’ayant pas pris le temps de le lire, il mérite pourtant un oeil attentif. Et pour les réfractaires du fond qui auraient encore des doutes sur le mélange délétère de peur et de colère que les femmes peuvent ressentir à l’égard des hommes, un petit rappel d’une citation ô combien juste de Margaret Atwood : « Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent ». Ite missa est.

Sapiens, la naissance de l’humanité. Yuval Noah Harari, David Vandermeulen & Daniel Casanave. Editions Albin Michel

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Sapiens, cette somme sur l’Histoire de l’humanité, dont on a fait grand bruit ces dernières années. Grand bien en a pris à l’auteur de l’adapter en bande dessinée afin de rendre le contenu de l’ouvrage plus accessible aux néophytes. Ouvrage dense, rempli d’anecdotes et de faits historiques méconnus, Sapiens interroge nos préjugés et nos idées préconçues sur nos ancêtres. Les homo sapiens sont-ils apparus après la disparition des autres espèces humaines ? Comment ont-ils vécu ? Qu’est-ce qui les différencie des homo neanderthalensis, erectus et autres denisovensis ? Quelles étaient leurs organisations sociétales ? Ont-ils vraiment été à l’origine d’extinctions de masse de la faune ? Des tas de pistes de réponses sont abordées dans cette chouette BD, avec une humilité concernant l’absence totale de certitudes que nous possédons. La vie des fourrageurs (autre nom des chasseurs-cueilleurs), n’a laissé que peu de traces, l’absence d’objets, d’écrits etc incitant aux suppositions plutôt qu’aux affirmations. Avec un ton un peu décalé et humoristique, les auteurs nous font plonger à pieds joints dans la vie de nos anciens parents, et nous expliquent ce qui nous différencie d’eux, ou nous rassemble. Ca se lit avec un grand plaisir, celui d’apprendre et de découvrir de nouvelles potentialités. De plus, le travail de vulgarisation a été fait avec sérieux et permet d’adapter le propos d’Harari aux adultes mais aussi aux adolescents. J’ai hâte de découvrir le deuxième tome afin de satisfaire ma curiosité, car la lecture du premier m’a laissé énormément d’interrogations.

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