Du lien ténu mais présent entre base-ball et Eglise adventiste

Hugh Chance est une star du baseball. Ou tout du moins le fût-il avant qu’un accident à l’usine de pâte à papier ne réduise son pouce et ses rêves en charpie. Viennent s’ajouter à cela six enfants aux caractères plus hétéroclites les uns que les autres, une épouse portée par une dévotion religieuse hors norme, une mère anglaise émancipée à la langue acerbe et acérée, des conditions économiques peu favorables, une pincée de pêche à la mouche et le spectre encore un peu lointain mais déjà formé de la Guerre du Vietnam, et vous aurez une idée de ce que raconte les Frères K.

Ce qu’aucun résumé ne peut montrer, cependant, c’est la richesse du texte, la beauté de la langue, la force des émotions qui prennent en tenaille le.a lecteur.ice entre le rire, franc et joyeux, et les larmes, chaudes, énormes, omniprésentes à certaines parties du roman. Les Frères K nous transporte au sein d’une famille pleine de conflits, de griefs, d’incompréhensions, mais également d’un amour incommensurable, sincère, impossible à éteindre. C’est le plus jeune fils, Kincaid, qui nous narre cette histoire de sa famille, de ses frères et soeurs, et de comment cette joyeuse fratrie fut disséminée aux quatre coins du globe, puit revint au bercail.

On est porté tout au long de la lecture par une tendresse folle pour ces personnages denses et hauts en couleurs. La narration nous permet d’envisager une proximité avec eux, d’avoir le sentiment de les connaître intimement, et d’être attaché.e à eux pour toujours. Jamais moralisateur, le roman emprunte l’idée d’une philosophie du quotidien, de leçons de vie piochées dans des événements banals, qui jalonneront le parcours de nos enfants Chance. Et si certains personnages, par leur sagesse nous amènent à prendre du recul sur la vacuité de l’existence, d’autres, par leur fougue, leur naïveté ou leurs coups de sang nous font sourire, voire rire carrément, et nous donnent envie d’aller passer du temps avec eux, à lancer quelques balles.

C’est un grand texte de littérature des Etats-Unis que D.J. Duncan nous livre ici, portant en lui toutes les qualités pour rester longtemps en tête et dans le coeur. On comprend le temps passé à l’écriture par l’auteur, ces six années de rédaction se sentent dans le texte, tout est extrêmement bien articulé, les personnages sont d’une grande densité. Il y a cette ineffable impression d’un texte aux bases solides, ancré dans une histoire littéraire et l’Histoire d’un pays, destiné à s’amarrer également dans nos souvenirs et à revenir nous chatouiller régulièrement. La traduction de Vincent Raynaud, quant à elle, fait honneur au texte et à l’histoire, et est d’une fabuleuse fluidité.

Alors, évidemment, je vous recommande la lecture de ce texte mille fois, il est rentré directement dans la liste de mes romans chouchous. Et si vous n’aimez pas le base-ball qu’importe, car ce n’est pas très important au final, malgré la présence de nombreux passages sur le sujet. Laissez-vous porter par ce joyeux bordel qu’est la famille Chance, laissez-vous émouvoir et séduire par ses membres, riez, pleurez avec eux, vous n’aurez pas perdu votre temps.

Les Frères K. D.J. Duncan. Monsieur Toussaint Louverture. 2018. 800 pages.

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