Archives du 11/03/2024

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Parfois je me réveille avec le sentiment que tout cela, que toute cette peine infligée, n’a rien à voir avec moi. Comme un dommage collatéral dans une lutte qui ne me concerne pas. Je me demande de quoi sont faites les vies de ces gens qui fuient en permanence, qui tentent de s’abstraire d’eux-mêmes, qui semblent aspirer à un inatteignable refuge. Pendant deux ans j’ai été la fuite, le point d’horizon à fixer, l’impossible bonheur qui ne s’atteindrait qu’en écartant les obstacles. Puis je suis devenue celle à fuir, car plus rien n’entravait la possibilité de la joie, du doux, du calme. J’imagine que lorsque l’on ne survit que dans le chaos, la perspective de son absence est insupportable. Et que rien ne ressemble plus à l’ennui que la sérénité, lorsqu’on ne l’a jamais goûtée. Je me demande quelle est l’épaisseur de ces vies qui se refusent la vulnérabilité, qui sont incapables d’intimité. Je ne parle pas de l’intimité des corps, mais, bien plus ardu, de se délester de son enveloppe et s’offrir à l’autre exactement tel que l’on est. Cela demande de pouvoir se regarder sans ciller, de savoir vivre avec soi sans se mentir, d’accepter de quitter le déséquilibre qui nous sécurise.
Je me demande parfois, à quel point cela le mettait en danger, lui qui ne cherchait qu’à s’échapper de lui, et moi qui ne détournais pas le regard.

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