Créatine, de Victor Malzac

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Dans Créatine il faut être prêt tu vois, parce que ça va vite, ça va fort et ça ne s’arrête jamais, la logorrhée du gars qui te raconte comment il était juste ce pauvre type maigre et sans âme avant de devenir une machine, mais encore plus grand, plus fort, plus impressionnant que ce que tu peux imaginer. C’est d’abord un ado chétif, il dit pas chétif tu sais, mais il dit faible, il ne s’était pas encore enfanté lui-même, il fallait qu’il se découvre, qu’il passe par les après-midis en famille à vouloir mourir et les séances de cinéma avec son père le prof pour découvrir au détour d’une séance l’homme qui va lui ouvrir la porte d’un monde nouveau, un monde d’hommes vrais. Le film c’est avec Schwarzenegger et il y a des muscles et de la baston et d’un coup c’est l’épiphanie, il dit pas épiphanie mais tu vois, d’un coup il se regarde dans le miroir et il se dit que s’il veut devenir un homme viril il faut qu’il commence les développés couchés, que c’est comme ça qu’il aura les muscles et les femmes, parce que les hommes virils attirent forcément les femmes, par leur puissance animale. Alors il fait les développés couchés et il mange la viande toute la viande toute la journée et il te raconte ça pendant deux cent pages ou peut-être mille pages on ne sait plus parce que ça ne s’arrête jamais et tu ne peux pas reprendre ton souffle comme si tu étais dans une série perpétuelle toi aussi pour prendre du muscle de la masse comme si toi aussi tu allais avoir la révélation et au milieu de la frénésie le gars ne se rend pas compte à quel point il est lunaire et à quel point il évolue dans un monde de contradictions sur la masculinité et l’homoérotisme parce que non c’est les muscles qui l’intéressent et les femmes ou peut-être juste l’idée des femmes l’idée du sexe l’idée de ce que doit être un homme viril et c’est la panique totale en vrai c’est l’escalade d’une violence envers lui-même et d’un rapport au monde binaire avec les vrais hommes et les autres et même si c’est un peu fatigant c’est quand même super et incroyablement bien tenu et il faut le faire en deux cent pages et je sais pas combien de piqûres de stéroïdes.

Créatine. Victor Malzac. Scribes. 2024. 196p.

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