Les filles du chasseur d’ours, d’Anneli Jordahl

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Les filles du chasseur d’ours sont sept, comme les jours de la semaine. Elles ont la même chevelure rousse, elles sentent fort et sont grossières. Elles chassent, ne savent pas lire et boivent comme des trous. Elles ont entre treize et dix neuf ans, n’ont jamais vraiment connu le monde. Elles vivent en lisière de la civilisation, d’abord avec leurs parents, puis seules, lorsque ceux-ci finissent par mourir.

Pour conserver l’esprit du clan, les volontés du père, elles s’enfoncent plus profondément dans la forêt, prêtes à affronter le froid, la neige, la faim. Elles s’en sortiront car elles n’ont besoin de personne. Elles se débrouillent. Ou tout du moins elles en sont persuadées. Car la forêt n’a rien du terrain de jeux auquel elles sont habituées, car les sermons et les leçons du père sont insuffisantes pour faire survivre sept sœurs au cœur de l’hiver.

J’ai été happée par ce roman, et je l’ai dévoré en quelques jours à peine. J’ai trouvé le traitement des relations entre sœurs très juste. Les allers-retours constants entre la loyauté au clan et les velléités d’indépendance. Comment exister en tant qu’individu lorsque votre famille compte sur vous ? Et peut-on désirer autre chose que le groupe ? Dans cette configuration, les conflits de loyauté émergent rapidement, entre sœurs, chacune vis à vis d’elles-mêmes et des autres. Les récits aux confins du survivalisme, de l’isolement et de la méfiance à l’égard de la société me fascinent toujours un peu. Les figures paternelles délétères qui flattent leur ego en façonnant leur progéniture selon leur bon vouloir, cela m’effraie autant que ça m’aimante.

Et j’ai aimé tout ce qui semble repoussant chez elles, ce tas de filles sales, vulgaires, ces petits animaux brutaux desquels émergent parfois une lumière si naïve, qu’on a envie de les prendre dans nos bras, à nos risques et périls. Le rapport à leur mère, également, une figure complexe qu’elles ne peuvent appréhender qu’en grandissant, en maturant, car notre vision sur nos parents se transforme en même temps que nous.

Bref, c’était super.

Les filles du chasseur d’ours. Anneli Jordahl. Traduit du suédois par Anna Gibson. Éditions de l’observatoire. 2024. 445p.

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