Archives du 4/04/2024

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Dans le train on longe de hautes collines recouvertes de sapins. Le soleil se couche et sur les cimes s’accrochent des nuages rosés. Je n’ai pas pleuré depuis une semaine ou presque et là, devant le bleu profond du ciel qui s’éteint doucement j’ai la gorge nouée. Ça demande de l’énergie, d’aller bien, d’aller mieux, de continuer à mettre des pièces dans la petite machine de l’optimisme, chaque jour. Chaque jour j’occupe les heures et maintenant presque sans y penser, je retrouve la joie de parler aux gens, de leur faire des blagues à la caisse, de focaliser mon attention hors de moi. Je meuble, je remplis. Je ramène chaque semaine des piles de livres qui me font envie et que je ne lirai sûrement pas. Je lis, je souligne, j’anote, je corne des pages, je m’émerveille devant des phrases, je voudrais partager des pans entiers de mes lectures, je me retrouve face au vide. Il reste un endroit désormais inatteignable et que je crois, malgré tout, protégé du mensonge. Un endroit impossible à retrouver ou reproduire, et où, à bien regarder maintenant le reste et en opposition à cela, je ne me sentais jamais seule. Celui des conversations sans fin sur les livres. Celui des heures, allongés dans mon canapé, mes jambes sur les siennes, à parler de ce que nous lisions, voulions lire, allions lire, ne lirions probablement jamais, de maisons d’éditions de projets de rencontres de liens entre des textes de poèmes de figures de style qui nous retournaient le cœur. Cette reconnaissance dans l’œil de l’autre qui pouvait déclencher des incendies. Comme une rivière souterraine qui nous irriguait sans cesse et que je ne retrouve nulle part. Ailleurs en moi, il n’y a plus de larmes et quand je plonge en dedans, les arrêtes de ma colère s’émoussent, jour après jour. Mais cet endroit, ce lieu circonscrit à jamais dans un passé que je rechigne à regarder, c’était mon refuge et j’en suis bannie.

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