
Ces jours-ci je guette un printemps qui traîne les pieds, je profite de la moindre éclaircie pour filer sur le balcon, le nez en l’air, les yeux fermés. Je réapprends la joie, je colmate mes brèches de petits éblouissements. Je prends le car pour aller serrer dans mes bras ma petite mamie plus vieille que le monde, dans sa maison qui surplombe la mer on tisse des souvenirs de rires, de fraises, de verres qui s’entrechoquent. Sous la pluie je quitte le lieu chéri de l’enfance, j’emporte dans ma poche un petit carreau de céramique enlevé à la maison abandonnée du bout de la rue, les pieds humides de nos explorations interdites. Dans mes rêves les plaies se pansent, chaque matin me libère, il y a un goût nouveau même dans la fatigue des nuits trop courtes. Je me blottis dans des fauteuils, j’écoute les voix douces de H et D, leurs rires, nos blagues ineptes et fantastiques, on boit du champagne parce que l’occasion c’est nous, j’ouvre les yeux il est déjà si tard, leur douceur m’a bercée, la nuit amie m’enveloppe. J’ai le regard rivé sur la ligne d’horizon de l’été, les escapades, la rumeur des soirées où le temps s’abolit. Le creux de mon tympan espère la mer, le ressac et le vent qui fait claquer les drisses. La fatigue m’assomme, dans le ventre il y a encore tant à digérer. Je laisse les vagues de ressentiment, de vieux chagrins, d’incompréhension sourde me recouvrir, me laver. Chaque jour me dépouille d’une peine que je n’ai jamais convoquée, je me reviens, lentement.
Et sous les rayons d’un soleil timide qu’il est bon d’être rappelée à soi.
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