
Tentative de contours du sujet, avant d’en dire plus sur le livre qui a ouvert les yeux, les vannes, la porte sur le refuge de la colère.
J’ai mis longtemps avant de comprendre pourquoi les injures reçues, cachées dans mes messages, s’étaient logées si profondément dans mon ventre. J’ai supposé que toute violence laisse des marques, que l’objet de l’insulte est de heurter, projectile lancé au hasard qui peut-être atteindra sa cible. Mais au cœur de l’écheveau d’opprobre vomi sans honte ni retenue, ce qui a ouvert la brèche au doute, c’était d’être, à mots couverts, l’allumeuse. D’être la flamme par laquelle l’incendie avait pris, laissant en cendres le petit univers calfeutré dans lequel il était né. Il m’est soudain apparu comme évident que la responsabilité devrait être la mienne afin que l’édifice ébranlé ne s’effondre pas. Le déni de réalité comme un étai sur une structure rongée.
Je n’en étais presque pas étonnée, je suis une femme et j’ai grandi en pensant qu’avoir un corps était plus destiné aux autres qu’à soi, que le désir venait de l’extérieur. J’ai grandi en regardant des films m’enjoignant à devenir cette manic pixie dream girl si singulière mais toujours destinée à nourrir le fantasme et le regard masculin. Et quand je m’en suis détachée, quand j’ai fait le pas de côté de la séduction, j’ai cru que je me préservais à jamais de ces transferts de responsabilité. J’ai aimé, j’ai été séduite, et j’ai immédiatement récupéré le poids de la culpabilité, la suspicion et le costume de Jézabel.
Je me demande aujourd’hui comment s’habiter, comment faire l’expérience de son désir, comment rester ardente et lumineuse sans crainte de l’iniquité, comment éclairer, et allumer, autant que l’autre nous éclaire, et nous allume.
On écoute quoi aujourd’hui ?
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