Archives du 17/11/2024

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Gauthier m’a demandé ce que j’attendais des photos. Je lui ai dit que j’aimerais réussir à me trouver jolie sans sourire. À réconcilier l’idée d’un visage neutre et d’une forme de sérénité, à ne pas avoir le sentiment d’être fermée, désagréable, revêche, en me départant des attributs de la féminité et de la séduction. C’était aussi le lieu de l’expérimentation douloureuse d’habiter ce corps et ce visage qui vieillissent, petit à petit. J’ai trente quatre ans et mon visage le montre, dans mes petites rides, le grain de ma peau, les cernes sous mes yeux. J’ai trente quatre ans et ça ne me plaît pas tous les jours, de quitter le rivage d’une peau ferme et lisse, d’un corps dompté, élastique, indolore. J’ai trente quatre ans et besoin d’apprivoiser le temps qui passe sur moi, sous l’œil de qui me voit dépouillée de mes ruses habituelles. Alors on a essayé des choses, on a ri, on a usé cette énergie enthousiaste dans l’après-midi déclinant de novembre. Je me suis faite violence en voyant certains clichés, il a eu la patience de qui sent que quelque-chose d’important se joue. On a recommencé, j’ai détendu mes épaules de quelques centimètres, j’ai changé de vêtements, et on a réussi à superposer ma projection de moi et le réel. À quelques endroits, on a fait s’aligner la multitude d’éléments contenus dans cette après-midi. La légèreté, la confiance, le sérieux, la douceur, la vulnérabilité. Quand Gauthier m’a envoyé les photos il m’a demandé si cela correspondait à ce que j’espérais. Évidemment que non, puisque subsiste encore au fond de moi le regard en arrière sur celle que je ne suis plus. Mais cela correspond à qui je suis aujourd’hui, et c’est peut-être le plus important. Car si j’ai du mal à me regarder en face, comme un marqueur du temps qui passe, se trouve sur mon visage de trente quatre ans une forme d’ancrage serein qui me rassure. Je ne suis plus aussi jolie qu’avant, je ne suis plus aussi jeune, mais je suis plus calme, au dedans, plus présente, plus dense. Et quand je me regarde, c’est une joie de le (sa)voir.

Les photos sont de @gvieiraphotos , avec mon infinie gratitude.

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