
Trente quatre, comme ces mois écoulés ont essayé si fort d’éteindre le petit soleil au fond de moi, trente quatre et au terme d’une interminable fatigue je me découvre à l’été qui revient plus légère et sereine. Trente quatre et je me suis retrouvée, et pour la première fois j’apprends à connaître et chérir chaque parcelle en moi, et je décide enfin que plus jamais je ne me rognerai, plus jamais je ne rirai moins fort, je ne me ferai discrète, je ne m’oublierai – pour qui que ce soit. Quand je l’écris à quelqu’un, la petite émotion d’une loyauté vibrante envers moi me saisit, je m’aligne et tout à coup c’est le calme qui m’enveloppe. Je suis au bon endroit, entière et dense. Trente quatre et le ressac autour des îles me berce vers une année vierge qui s’ouvre, une année où je cesse de me mettre entre parenthèse, où je retrouve le cours d’une vie emplie à déborder. Je cesse d’attendre sans bouger que le petit ventre se remplisse, je me laisse la latitude de prévoir, partir, organiser, et que la vie se glisse dans les plis de mes programmes toujours plus denses. Trente quatre je conjure l’immobilisme de qui attend et prend la poussière, je me remets en mouvement, entourée de joie et de bras et d’épaules qui me soutiennent, aimée et guérie. Trente quatre la petite tristesse dans les yeux s’en est allée, je chasse de mes paupières les souvenirs gâtés, les errances du cœur, les mauvaises directions ; je décide de tout arpenter l’œil curieux et le pas léger, délestée et nourrie, tendue en avant. Trente quatre je la croque, cette année devant moi, je prends le temps, je goûte tout.
Laisser un commentaire