
Dans les matins mordants je commence à voir le bout du tunnel, la dernière ligne droite et, le souffle court, j’envisage l’insensée possibilité de prendre soin de moi. Le matin et le soir je suis les instructions, un cachet et de l’eau, je compte les jours je guette les changements ténus de mon corps indocile. Encore en tension je ne m’accorde que peu, compte les heures de sommeil, calibre les repas, contrôle toujours, essaye de comprendre ce qui se joue en moi. J’expérimente, je tâtonne, j’aimerais déchiffrer ma chimie, les mécanismes obscurs de ma physiologie. Je renforce les cadres, crains le rigide mais le recherche avidement, et, ce faisant, je perds l’accès à la friche en moi. Je n’ai toujours pas retrouvé mon langage de forêt, je me délie du doux au creux du ventre, de l’eau, des mots comme des terriers. Je n’ai pas le temps et je me manque. Je me souviens du goût de l’oisiveté sur la langue, des heures à bricoler l’ennui, le laisser ruisseler, l’œil tourné au-dedans. Ici je force, je fabrique, je m’empêche de tout à fait m’evaporer mais je constate avec effroi que je me dilue. Je cours dans la ville et me manque le sel sur mes lèvres, et l’odeur musquée de la forêt. L’automne se fait sans moi, c’est un deuil et un chagrin, ça ne devrait même pas exister, d’oublier de vivre ses saisons.
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