Archives du 6/11/2024

Written by

·

On peut se fâcher, on peut avoir envie de hurler ou de pleurer en se demandant comment on en est arrivés là. On n’a rien à dire parce que de ce côté de l’océan on y est tout autant, les deux pieds dedans, et je suis désolée de le dire mais on y est arrivés ensemble. Moi autant que les autres je ne vais donner de leçon à personne, ou alors on peut s’en donner ensemble en essayant de voir comment avancer et s’éduquer, comment s’améliorer, comment s’engager plus. Je ne parle pas de militer, être dans des associations ou aller en manif, je parle de la nécessité du choix. Je parle des micro-actions et de l’usage de notre temps, de notre argent, surtout lorsqu’il s’agit de nourrir notre pensée et nos représentations. Sans demander la perfection, si on voulait la trouver il fallait continuer à croire en Dieu. Mais du devoir de placer notre existence sur une trajectoire qui ne soit pas subie. Je peux le voir dans mon métier, et par extension dans mes lectures. On peut se fâcher si vous voulez, mais on ne lit plus. Globalement. On ne lit plus, plus vraiment, plus pour se gratter un peu, pour s’élargir la vue, pour comprendre ce qui s’est passé avant, pour ne pas oublier. On ne lit plus en se demandant qui écrit, qui publie, qui traduit, qui vend, quelle machine alimente-t-on avec ce temps et cet argent que l’on donne. On lit pour s’évader du monde alors qu’en lisant on le façonne. Moi comme les autres, je me suis égarée en chemin, je crois. J’ai oublié que mon regard, aggloméré à tant d’autres, venait modeler nos imaginaires, nos memoires. Je peux mieux faire, je dois mieux faire, pour sortir d’un rapport au réel amnésique, rétréci, appauvri. Et ce faisant je m’ouvre à la possibilité de la joie, de l’espoir et des perspectives du commun. Je peux faire mieux, dans la fertilité de la littérature et des initiatives éditoriales indépendantes, et sans jamais me placer au-dessus, j’aimerais que l’on essaye ensemble.

Laisser un commentaire