
À chaque nouvelle parution de Liv Stromquist je sais que je vais me prendre un taquet. Pas que j’aie tendance à prendre tout ce qu’elle dit pour parole d’évangile, mais il faut admettre qu’elle tape souvent juste. Et qu’elle soulève des questions de société toujours très pertinentes et au cœur de nos préoccupations. Après avoir décortiqué les relations hétérosexuelles, elle s’attaque aujourd’hui à deux injonctions liées, le bien être et le bonheur.
Aujourd’hui, bien vivre, être en bonne santé, être « healthy » est devenu un mode de vie à part entière, et la vie ne mérite d’être vécue que si elle est heureuse, expurgée de tout sentiment négatif. Mais lorsque les émotions deviennent des produits marketing, est-ce qu’on ne n’est pas un peu trompés de route ? Car si tendre vers une vie bonne, et des conditions de vie agréables semble plutôt une bonne idée, faire du bonheur un objectif à atteindre au moyen de nouvelles injonctions semble plutôt contre productif. D’ailleurs faut-il lier la productivité au bonheur ?
J’aime la manière dont l’autrice mêle philosophie (l’essence même de son travail à vrai dire) et un humour toujours sarcastique. Sans nous prendre de haut, elle interroge nos existences, et la sienne, afin de nous redonner la possibilité de changer de cap. Lorsque l’on comprend les logiques qui nous régissent, on peut y adhérer ou s’y soustraire. On peut prendre conscience de l’inéluctabilité de la mort, et peut-être (car c’est un pas compliqué) tendre vers une appréciation de la vie pour ce qu’elle est. Fugace, fragile, propice à l’émerveillement si on le laisse venir à soi.
Ça fait du bien, parce que ça nous nourrit, mais ça commence par nous mettre un peu à plat, alors hauts les cœurs, à la fin on se sent mieux, promis.
La Pythie vous parle. Liv Stromquist. Traduit du suédois par Sophie Jouffreau. Editions Rackham (maisons d’édition indépendante). 2024.
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