
Il va être bien difficile d’attendre le mois de janvier et la sortie du nouveau roman de Lauren Groff tant j’ai envie de le mettre entre les mains de toustes celleux qui ont le goût des romans historiques au souffle puissant, des destins de femmes livrées à elles-mêmes, le goût des bois et de la fuite, le goût de la colère et de la rebellion.
Les terres indomptées ce sont les étendues boisées et sauvages de ce Nouveau Monde colonisé par les Européens au-delà de l’Atlantique. Des terres hostiles à qui arrive en conquérant, des terres de famine et de mort pour qui s’en pense légitime propriétaire. Alors qu’une colonie souffre de la faim, Lamentations, adolescente futée, se glisse hors des murs et court à perdre haleine en s’enfonçant dans la forêt. Que fuit-elle ? Qu’a-t-elle emmené avec elle ? Alors que la survie débute, son esprit vagabonde en chemin sur ce qui l’a amenée à cet endroit précis du monde et de son existence.
Et quel coup de cœur que cette fuite dans les bois ! Tout y est maîtrisé, la narration est d’une fluidité folle, le personnage nous touche par son opiniâtre détermination, mais aussi par sa débrouillardise. Le tour de force réside à mon sens dans la richesse du vocabulaire, en adéquation avec l’époque du roman. On y plonge comme dans un conte narré au coin du feu, une histoire ancienne nous mettant en garde non par contre les bois et leurs occupants, mais contre les hommes. Car le propos des Terres indomptées est résolument féministe, sans jamais devenir un roman à thèse. En exposant le quotidien des femmes, et notamment des domestiques, il vient faire écho aux questionnements relayés par la pop culture qui font grincer des dents les vieux mascus, à savoir : de qui faut-il avoir peur, de l’homme ou de l’ours ?
C’est une très grande réussite, de faire naître un texte aussi accompli qu’accessible, de décentrer le point de vue des récits de colons pour redonner une place et une voix aux indompté.es — femmes, nature, autochtones.
Les terres indomptées. Lauren Groff. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau. Éditions de l’Olivier (filiale du Seuil). 2025. 267p.
Laisser un commentaire