
L’arrivée de l’œuvre d’Emil Ferris, il y a plusieurs années, a produit je crois une petite onde de choc. Par l’histoire de l’autrice, sa longue rééducation, son dessin si particulier, au stylo bille, incroyablement réaliste par endroits. Mais aussi par le contenu même du premier volume de Moi ce que j’aime, c’est les monstres. La jeune Karen Reyes vivant avec sa mère et son frère dans un sous-sol de Chicago dans les années 60, son amour pour les magazines horrifiques, son alter ego de louve garou et le meurtre non élucidé de sa voisine. (spoilers ci-dessous)
Dans ce deuxième tome, l’enquête sur le meurtre d’Anka Silverberg est toujours en cours pour la jeune Karen. La mère de Karen et Deeze étant décédée, ils se débrouillent tous les deux et Karen découvre petit à petit que son monde est bigrement inadapté à une pré-adolescente. Violence, sexe, règlements de compte, la vie à Chicago n’est pas toujours une promenade de santé, mais ce qui va l’occuper un bon moment, c’est de faire la lumière sur son histoire familiale, et d’explorer son homosexualité.
On pourrait croire qu’il y a énormément de thématiques abordées (et c’est le cas), mais les 400 pages que nous livre Emil Ferris explorent en profondeur chaque sujet, comme le faisait le premier volume. On retrouve les reproductions de tableaux et la place prépondérante de l’art (jolie mention de Judith décapitant Holopherne), mais aussi ce qui fait, à mon sens, le génie de cette bande dessinée : un mélange savant de naïveté / lucidité que seule peut avoir la pré-adolescence, la vulnérabilité du personnage mêlée à sa détermination, son chagrin amer et son deuil inconsolable lovés dans son amour pour son frère.
Entre Chicago et les retours en arrière sur la vie d’Anka pendant l’Holocauste, il faut s’accrocher pour trouver la lumière, mais elle sait surgir à des endroits inattendus. Évidemment j’ai été happée touchée émue remuée fascinée par ce livre monstre et par Karen, héroïne détective incapable de se dessiner en face.
Moi ce que j’aime, c’est les monstres. Livre deuxième. Emil Ferris. Traduit de l’anglais par Jean-Charles Khalifa. Monsieur Toussaint Louverture (maison d’édition indépendante). 2024.
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