Péquenaude, de Juliette Rousseau

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Si dans nos imaginaires collectifs la ruralité aux ornières boueuses baisse la tête face aux lumières de la ville, et si les mots sont l’outil de ceux qui souhaitent s’affranchir de ces terres méprisées, alors écrire est-ce trahir? Peut-on revenir aux sources de l’enfance et faire cohabiter la campagne et son temps toujours employé avec l’activité de contemplation, de réflexion, cette sorte d’inutilité, de non indispensable qu’est l’écriture ?

C’est la réflexion toute en poésie que propose Juliette Rousseau dans Péquenaude, une volonté de lien retissé entre des mondes que l’on oppose pour diverses raisons, mais surtout pour en maintenir un dans la honte et la servilité. En poursuivant l’observation de l’héritage familial débuté avec La vie têtue, elle cherche à s’inscrire dans son paysage géographique et sensible, tout en réconciliant des émotions contradictoires. Il y a l’envie d’être ici, la nécessité d’être partie, une forme de culpabilité que l’on sent poindre par endroits.

On arpente les forêts et leurs mystères, leur mystique, on arpente le langage et ses mots qui disent le patois, la honte encore mais aussi les saisons, la nature vibrante qui remue autour de nous. Péquenaude, c’est la tentative (réussie) d’allier la poésie, le récit de soi, le don des légendes et la sociologie, un texte hybride pour dire la ruralité dans son ensemble – ce qui agite le dehors et le dedans – les réunions pour les projets d’entrepôt, les histoires des tombes de la forêt, la difficulté et l’évidence d’être revenue après celles d’être partie.

C’est très beau, l’œil accroche les phrases comme autant de grains d’un chapelet de nature, on voudrait corner, souligner, relire, dire à voix haute, se rouler dans le texte comme dans une herbe grasse. Juliette Rousseau nous rappelle que le récit de soi peut être une fenêtre sur le dehors, un vol d’hirondelle tout en directions mouvantes, explorations et revirements, un arpentage des lieux et des sensations.

Péquenaude. Juliette Rousseau. Cambourakis. 2024. 122p.

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