Résister à la culpabilisation, de Mona Chollet

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Politique, la voix dans la tête qui nous rappelle constamment que nous pourrions faire plus, mieux, autrement ? Assurément, nous dit Mona Chollet. Et le sous-titre nous éclaire. Les quelques empêchements d’exister s’adressent plus à certain.es qu’à d’autres. Les femmes, les enfants, les mères, les minorités sont particulièrement touchés.

D’emblée on pourrait croire que la culpabilisation tient du domaine du développement personnel, discipline qui d’ailleurs a été la seule à tenter de s’emparer de cette voix intérieure dépréciative. Mais ce serait occulter l’Histoire, et notamment celle des religions, puis la Querelle des femmes, le capitalisme et j’en passe. Comme à son habitude, Mona Chollet mêle expérience personnelle, recherches aux nombreuses sources et citation d’autres travaux afin d’étayer son propos.

Et je retrouve dans ses travaux ce que j’aime tant chez elle, sa capacité à se remettre en question. Elle évolue, repense ses livres, accepte d’avoir tort avec enthousiasme. J’y vois de la sagesse et de l’humilité, une inclinaison à penser notre pensée labile au fur et à mesure de nos expériences. Et son dernier chapitre, sur nos propres entre-soi militants, gratte autant qu’il apaise. Sans jugement, mais avec clarté, elle nous invite à nous envisager dans toute nos contradictions, nos erreurs, nos envies de bien faire parfois entravées, ce qui nous donne une densité bienvenue.

Pour le reste, on ressort de notre lecture avec l’envie de dévorer pléthore d’autres textes, une énergie de se savoir dans le même bateau que les autres, sans que cela soit totalement inéluctable. Il y a du boulot (le chapitre sur le travail a été pris un peu personnellement par ici), mais la nécessité de prendre du recul sur nos manières de nous maltraiter au quotidien s’impose.

Résister à la culpabilisation. Mona Chollet. Zones. 2024. 267p.

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