Meddling Kids, d’Edgar Cantero

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« She flung the door open to a clamorous nonreaction, silhouetted down to a bulky jacket and a baseball cap, the blue wind blowing away the title card. Dramatically opening doors was one of Andy’s few natural talents, one she had perfected in the last thirteen years while roaming over the country. She could push or pull or even slide a door open and either go entirely unnoticed or make all heads turn and music stop, at her will. She even succeeded in causing the latter effect in a concert hall, during a Van Halen gig. It’s all in the wrist, really. »

Depuis la fin de l’année je traverse l’étendue aride d’une sorte de panne de lecture qui ne dit pas trop son nom. J’ouvre des tas de livres et peu trouvent grâce à mes yeux, j’en finis très peu. Je lâche au bout d’une cinquantaine de pages en ayant simplement la flemme d’aller plus loin. La faute à un épisode dépressif, au monde qui brûle et à la France à Macron, aller bien relève d’une force morale ou d’une désillusion dont je ne suis pas capable en ce moment. Mais cela me pousse à essayer des lectures que je n’aurais peut-être pas considérées autrement, et c’est tant mieux finalement. Ma copine Clara m’a mis entre les mains « Meddling Kids » en m’appâtant avec cette phrase : « C’est du Scooby-Doo pour adulte ». Et c’était exactement cela, raison pour laquelle je l’ai mangé en trois jours avec un plaisir non dissimulé.

Andy, Nate, Peter et Kerri étaient ados dans les années 70. Accompagné-es de leur chien, ils résolvaient des énigmes dans la ville où ils passaient leurs été (chez la tante de Kerri et Nate). Leur dernier fait d’armes avait été de démasquer un homme qui se terrait dans la Deboën Mansion, une somptueuse maison sise sur une île au milieu d’un lac immense. Le malfaiteur cherchait à faire croire que la maison était hantée, et voilà nos détectives amateurs qui après une bonne frayeur démontrent que c’était UN HOMME SOUS UN MASQUE ! Fou, ce qu’on s’amuse, hehe. Treize ans plus tard, Peter est décédé d’une overdose, Nate passe son temps en hôpital psychiatrique à sa propre demande, Kerri a abandonné ses études de biologie et Andy n’a pas le droit de traverser certains états à cause d’une sombre histoire d’évasion de prison. C’est elle qui vient trouver ses anciens camarades (enfin, les deux restants) afin de retourner sur le lieu de leur dernière enquête et enfin soulever le tapis sous lequel leurs angoisses, cauchemars et rêves lucides se sont terrés.

Ok alors sachez qu’il y a là-dedans tout ce que j’aime : une ancienne bande d’ados qui se réunit, un lieu probablement hanté, un chien, le fait qu’Andy soit un tomboy latino-américain avec un problème de violence, le fait que Nate voie et parle à Peter (oui oui, le même qui a passé l’arme à gauche précédemment), une légère tension saphique, le fait de retrouver des gens qui les ont aidés quand ils étaient ados (notamment de vieux policiers), une partie roadtrip, et une plongée dans l’horreur pure. Le scénario est franchement bien fichu, j’ai eu l’impression de lire une très bonne série, un truc un peu doudou dans lequel on s’enroule. Les personnages fonctionnent super bien, on s’attache à eux, même à Peter (surtout à Peter, Oh Lord comme j’ai regretté qu’il ne puisse pas réellement être là) et leur dynamique s’affine au fur et à mesure du roman. Et, cela ne gâche rien, c’est foutrement drôle !

L’écriture d’Edgar Cantero est maline, Tim, le chien, est un personnage à part entière et ses réactions, même si elles sont un peu anthropomorphisées, sont hilarantes. Même les objets et les lieux peuvent avoir des réactions, ce qui donne un grand dynamisme à l’histoire. Cela ne veut pas dire que l’on tombe dans le fantastique de ce côté-là (on a ce qu’il faut ailleurs), mais cela se joue sur des détails, une maison qui se réveille un peu grognon à l’arrivée des personnages, ce genre de choses qui, narrativement, amène du peps. C’est un bon roman de genre, où l’horreur est présente sans être trop terrifiante. On est moins dans du King que dans du Lovecraft de série B. Rien qui empêche de dormir la nuit. Mais on arrive au bout en n’ayant pas vraiment envie de quitter cette bande de Misfits et leurs bonnes punchlines.

Malheureusement le livre n’a pas été traduit en français (si quelqu’un passe par là…) mais son niveau de lecture n’est pas trop compliqué si vous vous débrouillez en anglais. Si vous tentez l’aventure vous trouverez une myriade de petites choses drôles et douces pour vous cajoler le coeur, une ambiance de copains aux réparties un peu acides, des jeunes adultes coincés dans les traumas de leur enfance et surtout ce FOU de chien génial. Et puis, vous n’avez jamais rêvé, vous, d’aller démasquer un brigand avec vos copains sur votre bicyclette pendant les vacances d’été ? Bref, j’ai adoré, ça a rendu janvier moins naze.

Meddling Kids. Edgar Cantero. Titan Books. 2018. 443p.

  • On écoute quoi aujourd’hui ?

On écoute une chanson mentionnée dans le livre qui fleure bon les années 80, si vous êtes comme moi fans de Brooklyn 99 alors cela vous rappellera aussi des souvenirs.

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