Billet doux du 1/03/2026

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C’est fou alors que ces dernières années j’étais pleine de poésie elle semble s’être échappée par tous les pores de ma peau. Quand je m’en réveillais gonflée le matin, l’oreille à l’affût du printemps qui nichait dans les arbres ou qu’elle coulait dans ma gorge dans la chaleur de l’été. Même aux abords des mois d’orage et les nuits sans fin de l’angoisse, le ventre noué, l’oeil flou. Elle était là, tapie dans mes nuits trop courtes, dans les réveils fiévreux, dans le sang, dans la joie qui sans cesse revenait, malgré tout.

J’ai beau retourner l’appartement je ne la trouve plus. Ses dents qui inlassablement me prenaient la nuque en tenaille s’émoussent sur les jours glissants. Il n’y a pas d’accroche pour les mots, il n’y a pas le temps. Les heures sont dédiées au vide, à tenter de reprendre pied, rythme, cadence. Parfois une phrase se faufile jusqu’à ma langue, je laisse les mots s’enrouler autour, je la mâche et je l’abandonne, je n’en ferai rien. Le petit roman est terminé – ou tout du moins je crois – et attend sagement dans des boîtes aux lettres qu’il ne se passe rien. Il m’a laissée vidée de tout sauf de l’eau qui me déborde chaque semaine, sans méthode, sans raison.

Il fut un temps où chaque jour venaient à ma bouche les mots pour dire le bouillonnement du dedans, où nommer c’était tenter de faire sens, et pour se dessiner des contours venait le Verbe. La petite vie en s’en allant a arraché la force de dire. Il fallait déjà conserver fébrilement celle de se lever, celle de se persuader qu’être là n’était pas vain. J’ai creusé loin de moi un abîme et j’y ai jeté, en vrac, l’espoir et les mots, le courage et le chant des oiseaux. J’ai tourné le dos à l’invincible été et je me suis terrée au plus opaque de l’hiver. Entre le monde et moi, le voile infrangible de mon chagrin.

Le matin je guette la lumière, j’accroche l’oeil à un coin de ciel bleu, j’essaye de me ramener hors des entrailles de la peine. De la pulpe de mon index je caresse les talismans dans mes poches, je chuchote des prières inaudibles pour qu’un jour le printemps me revienne. Pour que se descellent mes paupières et les trilles des pinsons viennent remuer de plaisir ma carcasse empoissée et terreuse. Je rêve dans le soir poudré de lever le menton comme l’année passée vers la première étoile jaillie sur l’indigo, le nez piquant de l’émotion toute neuve de la vie qui revient. Je tourne en rond de ne plus savoir dire, d’avoir perdu mes mots en même temps que l’envie et la ligne d’horizon. Que le royaume dont j’étais la vigie se soit recroquevillé jusqu’à ne plus contenir que moi-même. A trop me supporter j’oublie le besoin dévorant, à mordre quelque chose, de me laisser glisser dans une paire de bras qui me flatterait le dos.

Je cherche la poésie mais je ne suis plus étanche, ou bien elle s’est diluée ou bien je n’en sais rien. Dans le printemps chétif où revient la lumière, je regarde le ciel et ça ne me fait rien. Je rêve que quelque chose m’atteigne, et peut-être la joie.

  • On écoute quoi aujourd’hui ?

On en appelle aux sorcières pour crier un grand coup et faire trembler la torpeur.

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