
J’échappe à la nuit qui m’étreint dans les heures grises d’un dimanche d’hiver. Au-dehors tout est silence, dans les pins les mésanges se sont tues. Il est tôt encore, mais je ne dormirai plus. Contre mes tympans persiste la rythmique en saccade de la soirée d’hier. Hier soir où j’ai existé contre moi, contre mes habitudes de vieille fille. Hier soir où j’ai déposé ma fatigue au pied d’une scène bruyante, mon corps en mouvement sur le sol collant, un verre à la main et le rire haut. J’ai enveloppé ma crainte des espaces clos, bondés, moites, dans l’émerveillement de ce qui se jouait face à moi. Je m’y suis fait un nid. J’ai caressé la certitude du trop et je l’ai embrassée. J’ai trop parlé, ri trop fort, été trop impertinente, trop bu, mis des vêtements trop voyants, trop de paillettes sur les yeux, suis rentrée trop tard et tout va bien. Trop n’était pas si grave, après tout. Trop n’était rien, comparé à la joie d’être là, enclose dans la ouate de la musique.
Dimanche et le temps se dilate, s’effiloche dans les branches. J’ai rangé ma gouaille de cheffe de bande – dit H. – j’ai lavé les paillettes de mes paupières et j’erre entre la cuisine et le salon, le lit, le bain. Je fais des crêpes et sens sur mon pull le beurre, la fleur d’oranger, le sucre. Je fais sauter la première en serrant dans ma main la pièce de dix francs donnée par le très vieux monsieur du rez-de-chaussée. On s’invente les rituels, les porte-bonheurs que l’on peut pour s’évader de l’hiver. Je serre la pièce et le poing et pense au ventre vide sous mon nombril, à l’année encore neuve, je me fais des promesses dans le soir qui s’épaissit. Sur mes lèvres le sirop d’érable colle un peu, j’ai allumé la platine, j’ai devant moi des heures avant que de sombrer, pour écrire, pour lire, pour créer et m’allonger en fixant le plafond. Pour arracher à mes espaces liminaires une forme de douceur, pour me réconcilier avec les dimanches, l’hiver, mon besoin jamais rassasié de faire plus, de faire trop.
Je reprends le chemin de l’écrit, on s’est boudés un moment, les mots et moi. Mais lire ne suffit plus, il existe quelque part sous ma peau un territoire vierge qu’il me tarde d’exhumer. Pour dire le quotidien, sans le sublimer mais en sachant y voir ce qui serre le cœur, les épiphanies de beauté.
On écoute quoi aujourd’hui ?
Répondre à Sol Annuler la réponse.