
Pas mal de lectures ces derniers temps. Pas mal de trucs chouettes, mais surtout pas totalement assez de temps pour tout détailler car la vie, cette facétie, est un peu trop remplie et que j’essaye de me ménager du calme. De plus, j’ai lu des trucs cools, mais je n’ai pas forcément croisé la route de textes qui m’ont décollé la rétine. Donc, un nouveau format, pour les textes chouettes, les textes dont j’ai envie de parler sans leur consacrer forcément un article entier. (J’ai encore deux brouillons d’articles sur d’autres supports culturels à écrire donc autant garder la joie de faire tout ça bénévolement et sur mon temps libre)
- Écarlate, de Christine Pawlowska.
Court roman paru en 1974 au Mercure de France, Écarlate fait un revival en librairie aux éditions du Sous-sol grâce à la parution conjointe du texte de Pierre Boisson, Flamme, Volcan, Tempête. Roman écrit par une toute jeune femme, Écarlate raconte la vie d’une adolescente émotionnellement en marge. Dans ce style incandescent que peut porter en soi la vie avant d’être adulte, Christine Pawlowska interroge l’amour, l’amitié, la religion et les troubles d’une âme sensible. Il y a de très beaux passages, c’est un texte très court qui se lit d’une traite, un petit goût suranné dans l’écriture qui est assez charmant, à vrai dire.
Je souffrais. Je voulais garder pour toujours cet amour épuisant qui requérait enfin toutes mes forces vives, cet amour absolu, aveugle, sans conditions, et qui ne demandait rien en retour. Cet amour dont m’ont peut-être rendue incapable les tristes vertus des grandes personnes, l’orgueil et la juste mesure. Mais non, pourtant, pas incapable. Pas encore, non. Je ne suis pas une grande personne. Mon Dieu, mon Dieu, je ne veux plus grandir. Je ne veux pas devenir raisonnable, ni calculatrice, ni économe de ma tendresse. Je ne veux pas me conserver à moi-même ni rancir dans de vieilles passions rassises. Je veux rester dans ma folie et aimer comme on s’enivre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je veux garder ma violence.

- Flamme, volcan, tempête, de Pierre Boisson
La raison de ma lecture de cet ouvrage est qu’il a été écrit en lien avec Écarlate. Pierre Boisson est tombé sur le roman de Christine Pawlowska dans une bibliothèque de famille et, charmé par le texte, a voulu savoir ce qu’était devenue l’autrice, dont aucun autre roman n’a jamais paru. Alors qu’elle était encensée dans les mêmes bonnes feuilles qu’Annie Ernaux, l’une est devenue prix Nobel de Littérature, l’autre s’est évaporée. Le texte de Pierre Boisson (rédac chef de Society, donc plutôt versé dans les enquêtes au long cours) est un reportage littéraire qui l’emmène à la recherche d’une autrice perdue, au destin plutôt tragique, victime avant tout de la violence des hommes. L’âme sensible d’Écarlate n’était pas une posture. En ce moment pullulent pas mal les textes d’enquête afin de redonner à des femmes oubliées une existence, un nom, une place dans l’intertextualité. Celui-ci a le mérite d’être plutôt bien fait, même si je ne suis pas certaine qu’il ait le potentiel de me marquer à long terme.

- La Colonie, d’Annika Norlin – traduit du suédois par Isabelle Chéreau
J’ai plutôt confiance quand les éditions de la Peuplade sortent un pavé de quasi six cent pages. Je connais leur goût pour les romans à la narration efficace, à l’écriture travaillée mais d’une grande fluidité. Pas de crainte à avoir, donc, en se lançant à la découverte de ce groupe étonnant d’hommes et de femmes vivant en totale autarcie. C’est ce que va faire Emelie, urbaine en plein burn out décidant d’échapper au bruit constant de la ville pour aller se ressourcer en pleine nature. Elle plante sa tente dans la forêt et, au bout de quelques jours, découvre qu’un groupe de sept personnes vit non loin de son campement. A force d’observation, elle va faire connaissance avec cette étonnante communauté. La Colonie interroge intelligemment les modes de vie alternatifs, nos envies et besoins de nous retirer d’un monde où tout va trop vite afin de remettre du sens dans nos existences. Quelle est la limite, dans quelles marges de la société peut-on exister sainement ? La vie en communauté implique-t-elle toujours que certain-es soient plus épanoui-es que d’autres ? Se posent également les question de la création des tradition, des rituels, mais aussi du positionnement presque naturel de certaines personnes à la tête d’un groupe. On ressort avec beaucoup de questions, pas toujours de réponses (c’est à nous de faire le travail), de cette plongée jamais manichéenne et parfois drôle dans un mode de vie très différent des nôtres.

- La vie ressemble à ça, de Titiou Lecoq
Cela fait maintenant plusieurs années que je connais (pas très bien, je ne suis pas en train de flex sans vergogne) Titiou, et à chaque fois je suis frappée par sa capacité à donner des conseils pleins de bon sens. Elle a toujours une astuce, un truc pour appréhender un souci spécifique, ou bien la vie de manière générale. Son nouvel ouvrage est donc totalement en adéquation avec ce qu’elle est. La vie ressemble à ça n’est pas un essai, ce n’est pas un roman, c’est une compilation de conseils et d’informations qu’elle souhaite transmettre, à ses enfants potentiellement mais aussi au reste du monde. Et si l’on peut débattre de la nécessité d’avoir de bonnes astuces de ménage (nécessité qui peut varier selon qui le fait, le ménage), les informations historiques, ou réflexions sur des sujets de société ne sauraient être remis en question tant ils sont évidents, brillants, utiles. J’ai donc souligné, annoté, corné tout un tas de passages. Et comme c’est une athlète de haut niveau de l’écriture, elle peut passer d’un article à l’autre sans lien et sans souci. C’est ainsi qu’elle vous explique que si vous vous perdez en pleine nature, il faut changer votre message de répondeur avant de ne plus avoir de batterie, en donnant le plus d’informations possibles sur votre position (astuce qui je l’espère sauvera des vies) et enchaîne assez naturellement sur le fait que la majorité des pédocriminels n’ont pas d’attirance spécifique pour les enfants (contrairement au narratif qu’ils voudraient perpétuer) mais se tournent vers les victimes les plus vulnérables et donc les plus « faciles ». (avec évidemment argumentation à l’appui, là je vous la fais rapide, c’est un résumé, allez lire le livre ce sera le mieux).
Mais, ce qui m’a fait le plus de bien à la lecture de ce livre, c’est un passage qui a fait écho à un article de la revue Futur(s) (ex Usbek & Rica) sur le fait de se positionner sur du temps long, sur une lignée, et donc de garder de l’espoir malgré le fait que nous ne verrons pas l’issue des luttes que nous menons de notre vivant. Cela peut paraître déprimant, de se battre pour du mieux et se dire que ça n’adviendra pas. Faut-il pour cela arrêter de se battre ? Ou se dire qu’on le fait pour que des générations après nous puissent en bénéficier ? En se replaçant sur du temps long, on met du sens dans ses combats, on évite de céder au désespoir. Certaines luttes actuelles trouvent une issue positive car des gens se sont battus pour des droits plusieurs décennies avant nous et n’en ont jamais profité. (L’exemple ici, d’Hubertine Auclert qui a milité pour le droit de vote des femmes toute sa vie, est morte en 1914 sans avoir jamais pu voter, mais sans son combat on aurait peut-être attendu le droit de vote des femmes encore plus longtemps.) Bref, comme le dit bien Titiou, se rappeler qu’on n’est pas le bout de la chaîne, seulement (et c’est déjà très bien) un maillon.

- Comme le fait la lumière, d’Anne-Fleur Multon
Quatrième et dernier tome de la série Allô Sorcières, destinée aux ados en début de collège, Comme le fait la lumière termine la tétralogie avec beaucoup de sujets importants abordés de la bonne manière. Anne-Fleur Multon a le chic pour nous écrire des héroïnes pétillantes, drôles, débrouillardes et totalement investies dans leurs amitiés. C’est excellent pour valoriser l’amitié féminine et saper les fondements de la rivalité à un âge qui peut s’avérer délicat. Ici, le personnage d’Azza, cuisinière de talent quand elle n’est pas au sport ou avec ses copines, participe à une émission destinée aux jeunes chef-fes en herbe. On y parle un peu du sexisme qui peut régner dans ce genre de grosses productions, mais c’est surtout l’actualité qui va venir se cogner aux rêves d’Azza. L’islamophobie et la violence policière. Anne-Fleur ne prend jamais les ados pour des truffes et sait aborder avec finesse et délicatesse des sujets complexes, sans jamais les simplifier. Au final, l’amitié, la sororité et l’amour (sous toutes ses formes) viennent aider à rendre la vie plus douce et à trouver des solutions (car tout va mieux quand on avance en commun, n’est-ce pas un projet de société un peu enviable?). Clairement une de mes séries jeunes ados préférées de ces dernières années. (Avec les supers illustrations de ma chère Diglee en prime, eh oui, on ne se refuse rien).
Voilà pour ce premier résumé (assez détaillé je vous l’accorde) de mes dernières lectures. J’espère que vous aurez envie de découvrir certains textes, et si vous en avez lus, j’attends vos retours avec curiosité.
L’image d’illustration entre les livres a été trouvée sur Pinterest sans crédit, donc si vous savez de qui elle est, dites-le moi en commentaire et je l’ajouterai.
On écoute quoi aujourd’hui ?
C’est l’automne qui s’avance à grands pas, alors go se mettre la petite nostalgie dans le coeur avec Ethel Cain
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