Billet doux du 23/04/2026

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Les premières étoiles se faufilent dans le soir poudré, il y a dans l’air la douceur des soirées où l’on souffle enfin, où la nuque nue accroche la brise encore chaude. A mon oreille le frémissement des arbres, les derniers pépiements, la respiration lente du jour qui renonce. J’ai dompté l’hiver en moi, convoqué la joie morte, soufflé dessus. J’avais presque fini d’attendre, résignée et craintive, remâchant mes souvenirs du feu.

Ce que fait le cœur, parfois, quand on ne le regarde pas. Ce à quoi il s’accroche – un sourire, l’étincelle d’un regard, un répit – et le voilà qui s’affole. On se dit jamais plus et jamais c’est maintenant qui nous fait mentir, c’est la pulsation à l’oreille, le bourdonnement de la mer contre le tympan, la main qui tremble un peu. C’est l’animal au ventre qui gratte et feule, réclame sa tendresse. Ce que cela fait au cœur, le soleil haut et le rire doux à l’oreille, une main qui se glisse dans la sienne, des chuchotements dans le noir. C’est le pas léger et le corps souple, l’œil flou qui ne voit que les souvenirs des nuits trop courtes. C’est craindre et trembler, guetter la boîte aux lettres, guetter le calendrier, guetter les interstices des vies d’adultes qui laissent si peu de place pour le tendre. C’est espérer et croire avec une foi d’enfant, créer le possible, fouiller en soi et déterrer des ressources inouïes, se regarder en face, se découvrir patiente au-delà du raisonnable.

C’est respirer avec une amplitude nouvelle, les joues douloureuses de sourire, vouloir tout dire et tout garder, chérir des mots, des gestes, et se languir. Se languir comme, jeune fille, on n’avait rien vécu, se languir et chérir de se languir. Garder aux lèvres le goût de ce que l’on croyait perdu à jamais, le petit sursaut de l’invincible été arraché par surprise, le lent frisson qui remonte la colonne vertébrale. Et par dessus le frémissement des arbres, les derniers pépiements, les mouvements d’ailes feutrés ; sa voix vient se loger dans un creux de chair tendre, et mon soupir résonne dans la nuit cyanotique.

  • On écoute quoi aujourd’hui ?

On arrache sa part d’espoir avec les dents, on regarde devant toujours devant, loin, l’œil sur la ligne d’horizon.

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