The Lamb, de Lucy Rose

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« We’d had all sorts of strays here. Some of them had come away from car crashes, but what they didn’t know was that Mama had a little habit of leaving nails and glass on the back roads when she left the house. Some of the strays were lost, trying to hike across the fells without knowing that this gloom was where they’s spend the rest of their short lives. Mama could tell a stray just by looking at them – it was something in their soul. »

Il a patienté longtemps dans ma bibliothèque, ce petit agneau, avant que je décide d’y jeter un oeil. Je l’avais vu passer sur nombre de sites mais je ne savais toujours pas si le folk horror pouvait être ma came (peur que ce soit trop graphique, ou pas assez subtil). Et malgré des critiques parfois sévères sur le rythme du texte, j’ai trouvé ça super et suis tout à fait prête à donner leur chance à d’autres textes de ce genre. Alors si vous aimez les récits qui viennent instiller une atmosphère d’effroi très tranquillement, prenez vos chaussures de rando, on part pour les montagnes anglaises.

Il faut imaginer un coin assez reculé et magnifique, des sentiers de randonnées, des ruisseaux, des paysages somptueux. Et là, entre une route et la nature sauvage, la maisonnette de Margot et sa maman. C’est un cottage plutôt accueillant d’extérieur, surtout lorsque l’on s’est perdu ou que l’on a eu un accident de voiture et que l’on a besoin de chercher de l’aide. Le seul souci, c’est que la mère de Margot ne laisse jamais personne repartir de chez elle. Elle sait reconnaître les strays, les personnes errantes, celles qui ne seront pas recherchées tout de suite, qui peuvent s’évaporer dans la nature sans affoler trop de monde. Elle les accueille chez elle, les met à l’aise (c’est très important qu’ils soient heureux), leur sert une tasse de thé (supplément ciguë pour une détente maximale) et les accompagne dans leur dernier sommeil.

Ce qui se passe ensuite, c’est Margot qui nous le décrit et je ne m’attarderai pas trop, surtout si vous n’êtes pas du genre flexitarien et que vous avez un souci avec les régimes alimentaires trop protéinés. Mais si cet aspect du roman est clairement très important et assez marquant, ce qui se joue dans la dynamique familiale l’est encore plus. La mère de Margot n’est pas un parent aimant ou sécure émotionnellement. Qui aurait pu prédire ? Mais cette relation aussi fusionnelle que dysfonctionnelle se grippe le jour où Eden frappe à leur porte. Vagabonde différente des autres, elle se fait une place au sein de ce foyer mortifère, reléguant encore plus Margot aux marges de la famille.

C’est un texte très beau, autant dans son vocabulaire, son rythme lent, que dans la voix de Margot qui témoigne de l’innocence et des questionnements d’une enfant de douze ans face à la cruauté des siens. On peut sentir toute la tension de cette petite fille, son besoin d’être vue, de s’extraire de son foyer mais aussi d’y être considérée et aimée inconditionnellement. C’est un texte rempli de nuances et de douceur, malgré des scènes très fortes graphiquement. On ne va pas tourner autour du pot, on parle ici d’anthropophagie, de découper des cadavres et de les cuisiner, façon recettes de cuisine Maïté tout ça. Si vous vous demandiez comment assaisonner de la chair humaine pour en faire une tourte, ne cherchez plus, la réponse est dedans (probablement avec un petit beurre de sauge). Mais comme dans les textes horrifiques d’Amérique du Sud que j’aime tant, l’aspect horrifique est présent pour souligner la terreur qu’inspire le réel. Oui, manger des gens c’est mal et dégueu, mais maltraiter émotionnellement son enfant, c’est absolument terrible et c’est là que notre regard doit se porter.

La métaphore horrifique comme représentation des violences intrafamiliales n’est pas nouvelle, mais elle fonctionne très bien, et c’est en retenant notre souffle que l’on se demande quelle sera l’issue de ce roman. Bien évidemment à travers Margot, sa bonté et ses terribles désirs, on questionne la monstruosité (ce qui fait le monstre en nous, la peur de devenir monstrueux) ainsi que l’adolescence. Avec sa mère, c’est la question de la maternité – complexe – qui se pose, sans jamais devenir un roman à thèse. Margot n’est pas un archétype des adolescents et sa mère n’en est pas un des mères en général, il n’y a pas de morale à extraire du texte et c’est pour cela qu’il me plaît. Estomacs sensibles, abstenez-vous, mais également passez votre chemin si vous cherchez un rythme soutenu, de l’action et des rebondissements effrénés. Ici, à l’instar du ruisseau qui coule près de la maison, la vie prend son temps. Roman d’atmosphère plus que de péripéties, The Lamb est un très bel exercice de folk-horror, confortable et glaçant, un cottage chaud et cosy gangrené par la moisissure.

The Lamb. Lucy Rose. Editions Weidenfeld and Nicolson. 2025. 326p.

  • On écoute quoi aujourd’hui ?

Quelque chose de calme et légèrement menaçant, une sensation dérangeante derrière la nuque, au milieu d’une grande beauté.

Une réponse à « The Lamb, de Lucy Rose »

  1. Avatar de Juliedeslivres
    Juliedeslivres

    Je ne connaissais pas ce genre de livre, mais tu as réussi à me donner envie de le découvrir ! Il me fait un peu penser à l’histoire d’Hannibal Lecter (que j’aime beaucoup). Je le note de ce pas 🙂

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